Les temps changent, les défis aussi
Par Richard Mahoney
Il y a eu beaucoup de place pour la nostalgie, l’an dernier, année du 150e anniversaire d’incorporation de la ville de Hawkesbury.
Les festivités ont inclus une cérémonie visant à rendre hommage aux membres des anciens conseils municipaux. Tous ensemble, les 18 « bâtisseurs » cumulaient plus de 100 ans d’expérience. Les temps ont bien changé au fil des ans. Toutefois, le conseiller André Tessier a fait remarquer que « la politique n’est pas une chose facile ».
Dans le groupe des anciens maires, qui ont été honorés, figurait M. Philibert Proulx, un des politiciens municipaux les plus colorés des 30 dernières années. D’un naturel affable, M. Proulx cachait tout de même un côté assez autocratique. Dans le milieu des années 70, les contribuables avaient voté en faveur du remplacement du Centre Memorial par un nouveau complexe sportif comprenant deux patinoires et une piscine. Mais M. Proulx a défié les résultats du référendum, arguant que la municipalité n’avait pas les moyens d’assumer une dépense de 1,7 M$. Il a payé la note au scrutin suivant. À l’élection de 1976, M. Laurent Cayen a éclipse M. Proulx.
Au cours de la même session, Mme Johanne Lapointe a été la première femme à siéger au conseil municipal. Elle n’est demeurée en poste qu’un seul mandat. Elle n’a pas sollicité de renouvellement, parce qu’elle n’a jamais réussi à se faire respecter par « les boys ». Depuis ce temps, bien peu de femmes ont servi au sein du conseil municipal. Nicole Desjardins, Claudette Larocque et Pierrette Dallaire ont été conseillers au fil des ans, avant Mme Jeanne Charlebois, qui est devenue la première femme à être élue maire, en 2006.
À l’élection du conseil municipal, en 1976, les changements ont été décrits comme une victoire populaire. Les électeurs ne seraient désormais plus traités comme des enfants. Le mot « espoir » avait un sens.
La fin des années 70 était une période prospère. L’hôtel de ville a été vendu et un nouveau complexe a été érigé sur la rue Higginson. Une nouvelle bibliothèque a été inaugurée. En 1977, une campagne visant à récolter 500 000$ pour couvrir les frais du nouveau complexe a été lancée. Les nouvelles installations ont ouvert leurs portes en 1978. Au cours de la même période, la nouvelle résidence Prescott-Russell ouvrait officiellement ses portes et le gouvernement ontarien donnait le feu vert à la construction du nouvel hôpital général.
Pendant les années 70, on se préoccupait de la pollution générée par le moulin de la Canadian International Paper. Comme quoi certaines choses ne changent jamais.
Aux Comtés unis de Prescott et Russell, les membres empochaient un salaire de base de 4 000 $. Mais le conseil était bien plus imposant. 18 municipalités étaient représentées; leurs conseils municipaux étaient inefficaces et peu ouverts d’esprit.
Après de nombreux débats, les politiciens municipaux ont adopté quelques changements mineurs – les postes de sous-préfets ont été supprimés de la table du conseil. 20 ans plus tard, les municipalités étaient forcées par le gouvernement ontarien de se fusionner. Aujourd’hui, les critiques soutiennent que, depuis les 30 dernières années, la dette de Hawkesbury a atteint des sommets. Toutefois, il faut noter qu’il est impossible de confectionner des omelettes sans casser des œufs.
Au fil des ans, Hawkesbury – comme d’autres municipalités ailleurs – a été forcée de s’endetter pour financer des améliorations jugées nécessaires aux services publics. Depuis plusieurs années, le gouvernement ontarien ne cesse de pelleter des responsabilités dans les cours des municipalités.
Hawkesbury a également vu ses revenus de taxes industrielles s’évanouir comme neige au soleil. Les pouvoirs des municipalités sont très limités.
Quand la CIP a fermé ses portes, laissant tout près de la ville des étangs remplis de déchets industriels, le maire de l’époque, Eddy Mullin, a exprimé le souhait que le conseil fasse montre d’unité. Les conseils précédents, tout le groupe actuel, ne font pas que se réjouir. Rappelez-vous qu’à une certaine époque on comparait les assemblées du conseil municipal au Gong Show.
Les conseils municipaux ont eu à négocier avec des dossiers réels, d’autres moins. Par exemple, la municipalité envisageait de construire un pont sur l’île Hamilton, pressentie pour devenir le site du nouveau campus de la Cité Collégiale. L’idée a été vite mise de côté.
Au cours des années 80, l’étude sur les étangs pollués tablait sur l’étrablissement d’un lieu d’enfouissement regional. La logique voulait que les ordures se retrouvent dans un endroit ou on en avait produit. Il n’y avait aucun moyen, pour les municipalités, d’exporter leurs déchets. Mais cela n’était qu’un principe.
Maintenant, toutes les municipalités, sauf Hawkesbury, doivent être transportées par camion au site environnemental Laflèche, à Moose Creek.
Environ une vingtaine d’années après les recommandations de Sunderland, les municipalités ont été forcées de se fusionner sous les pressions du gouvernement de Mike Harris.
Le mouvement de fusions de 1998, qui a réduit le nombre de municipalités dans Prescott et Russell de 18 à huit, en Ontario de 815 à 445, a permis l’élimination de 2 000 postes politiques. La logique voulait qu’un gouvernement plus imposant soit un meilleur gouvernement.
Le gouvernement de Mike Harris était déterminé à réduire la taille de l’État et, automatiquement, le chèque de paie de certains élus.
La tragédie de Walkerton, en 2 000, a choqué tout le pays. Après la mort de sept personnes qui avaient bu de l’eau contaminée, les conservateurs de Mike Harris ont été sortis par les libéraux, qui avaient fait de la qualité de l’eau potable leur plate-forme électorale.
La tragédie de Walkerton a forcé toutes les municipalités à améliorer et mieux superviser les usines de traitement des eaux usées. Sommes-nous mieux protégées que nous l’étions en 1976? Bien malin celui qui pourrait le dire. Les temps ont bien changé, mais la politique demeure encore difficile.












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